Il y a des situations que même un romancier audacieux hésiterait à inventer. En voilà une : l'Iran et les États-Unis sont en guerre depuis le 28 février 2026. Des frappes américaines ont tué le guide suprême iranien. Des missiles iraniens continuent de frapper des objectifs dans toute la région du Golfe. Et pourtant, quelque part dans une salle de réunion de la FIFA, des planificateurs s'interrogent sérieusement sur la possibilité que l'équipe nationale iranienne dispute ses matchs de poule — contre la Nouvelle-Zélande, la Belgique puis l'Égypte — à Los Angeles. Ville américaine. Sol américain. En pleine guerre.
La réalité a finalement rattrapé le calendrier. Le président de la fédération iranienne de football, Mehdi Taj, l'a exprimé sans ambiguïté après les dernières frappes : « Après cette attaque, on ne peut pas s'attendre à ce que nous attendions la Coupe du monde avec espoir. » Mais ce qui frappe dans cette séquence, ce n'est pas tant que l'Iran hésite à participer. C'est que la question s'est posée aussi longtemps — et que certains, du côté de la FIFA comme du côté américain, ont semblé un moment croire qu'elle pourrait se résoudre d'elle-même.
Trump et le football, deux logiques contradictoires
Donald Trump a offert sur ce sujet deux positions contradictoires en quelques semaines, révélatrices de la façon dont il pense le sport et la guerre. En mars, il avait déclaré à la FIFA qu'il était « favorable » à la participation de l'Iran au Mondial — avant de se reprendre quelques semaines plus tard en déclarant qu'il « s'en fichait complètement ». Ce revirement n'est pas anodin : il dit quelque chose sur la façon dont l'administration Trump perçoit le sport international, non comme un espace de droit et de règles partagées, mais comme une variable de plus dans le calcul de la politique étrangère, à ajuster selon les circonstances.
Le scénario le plus spectaculaire — et le plus improbable — reste possible sur le papier : un match États-Unis contre Iran en phase à élimination directe, à Dallas. Deux pays en guerre, sur un terrain de football. L'image aurait eu une puissance symbolique sans précédent dans l'histoire du sport. Elle n'aura probablement pas lieu. Mais le fait qu'on l'ait envisagée sérieusement dit beaucoup sur la capacité de nos institutions — sportives comme politiques — à absorber des contradictions qui, dans d'autres époques, auraient paru insurmontables.
Le sport n'est pas au-dessus de la politique
La maxime favorite de la FIFA et du CIO depuis des décennies — « le sport unit les peuples » — a toujours été une fiction utile. Une fiction qui permet de maintenir des événements planétaires fonctionnels malgré les tensions, de rassembler des nations qui ne se parlent plus, de créer des espaces où la compétition remplace (temporairement) le conflit. Il y a quelque chose de précieux dans cette fiction, et il ne s'agit pas de la réduire à néant.
Mais la crise de 2026 révèle ses limites. Quand une guerre est suffisamment directe, suffisamment meurtrière, suffisamment présente dans les têtes des athlètes et des dirigeants sportifs, la fiction s'effondre. On ne peut pas demander à un joueur iranien de se concentrer sur son jeu quand son pays est sous les bombes. On ne peut pas demander aux spectateurs américains de vivre la compétition sportive normalement quand leurs soldats meurent dans la même région du monde. La Coupe du monde 2026 restera comme l'édition où la politique a finalement rendu le football muet.