Parfois, je me demande s'il restera un seul journaliste libre dans vingt ans. Un seul photographe qui pourra encore pointer son objectif sans avoir peur.
Le journalisme est en danger. Pas seulement dans les régimes autoritaires. Mais aussi dans nos démocraties essoufflées, là où l'information devient trop souvent un produit, une arme, ou une distraction — rarement un droit pleinement assumé.
Ce recul n'est pas brutal. Il est insidieux. Il se glisse dans les lois qui restreignent le droit à l'image. Il se cache derrière les intérêts économiques de certains grands groupes. Il s'insinue dans les censures algorithmiques, les menaces judiciaires, ou pire encore : le silence.
Aujourd'hui encore, des reporters sont tués pour avoir raconté la vérité. D'autres sont emprisonnés pour avoir montré ce que l'on voulait cacher. Et beaucoup, tout simplement, finissent par baisser les bras, faute de moyens, faute de soutien suffisant.
Le quatrième pouvoir s'effrite par endroits. Il devient parfois un service à la demande, un outil au service du pouvoir plutôt qu'un véritable contre-pouvoir.
Et pourtant, jamais le monde n'a eu autant besoin de journalistes. Pas de perroquets ni de simples communicants. Mais de regards indociles. De voix qui dérangent. D'archives humaines qui résistent à l'oubli.
En tant que témoin de ce monde — appareil en main, carnet dans la poche — je me pose souvent cette question : jusqu'où pourra-t-on aller sans presse libre, sans regard libre, sans contrechamp ?
Je n'ai pas la réponse. Mais j'ai une conviction : tant qu'il y aura des femmes et des hommes pour écrire, photographier, dénoncer, témoigner, transmettre — même à voix basse — il y aura de l'espoir.
Et tant que Raw Press existera, ce devoir-là restera le nôtre.
Sergio Primavera
Pour Raw Press