Le 13 juillet 2026, Marco Rubio, secrétaire d'État américain, a publié un message vidéo sur X, un article dans le Wall Street Journal et un communiqué officiel pour annoncer le lancement d'une « campagne majeure » des États-Unis contre la Cour pénale internationale. Sa formulation mérite d'être citée pour ce qu'elle dit sur l'état d'esprit de l'administration Trump : « À l'heure où nous parlons, la CPI et ses alliés mènent une guerre contre notre pays, non pas à coups de balles ou de missiles, mais à coups de statuts, de traités et de la force de ce qu'on appelle le droit international. » La CPI, institution judiciaire internationale fondée en 2002 pour poursuivre les auteurs des crimes les plus graves, est donc désormais officiellement un ennemi de guerre pour Washington.

Quelques jours plus tard, Donald Trump lui-même a éclairé les motivations réelles de cette campagne avec une franchise inhabituelle : elle vise à protéger Benjamin Netanyahu, visé par un mandat d'arrêt de la CPI émis en 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, et plus largement tous les responsables dont Washington souhaite mettre les actes à l'abri de tout examen judiciaire international. « Rien n'indique qu'ils s'en prennent à moi », a ajouté Trump avec une ironie qui en dit long, « pour l'instant ».

Une offensive en plusieurs temps

L'offensive américaine contre la CPI ne date pas du 13 juillet. Elle s'est construite progressivement depuis la réélection de Trump en novembre 2024. Des sanctions ont d'abord frappé les juges de la Cour, leur interdisant d'entrer aux États-Unis et bloquant leurs transactions financières dans la première économie mondiale. Puis la campagne s'est élargie : Washington a commencé à faire pression sur ses partenaires pour les convaincre de quitter la Cour. Selon Rubio, lors d'une réunion du cabinet à Camp David fin juillet, cinq pays avaient déjà annoncé leur intention de le faire depuis le lancement de la campagne.

La logique de cette stratégie est simple : sans soutien de ses membres, la CPI perd sa légitimité, ses financements, et à terme sa capacité à fonctionner. Ce n'est pas une attaque frontale avec des armes — c'est une érosion méthodique de l'institution par la pression diplomatique et économique. Trump connaît ce type de tactique ; il l'a déjà appliqué à d'autres organisations multilatérales.

Ce que ça révèle sur l'état du droit international

La vérité inconfortable, dans cette affaire, c'est que les États-Unis n'ont jamais adhéré au traité de Rome qui institue la CPI. Ni Israël ni la Russie non plus — et cette absence de trois puissances majeures a toujours limité la portée réelle de la Cour. Ce n'est donc pas tant une rupture qu'une accélération d'une tendance de fond : le droit international est un édifice que les grandes puissances ont toujours choisi de respecter de façon sélective, quand ça les arrangeait.

Ce qui est nouveau en 2026, c'est l'assomption. Trump ne cherche pas à minimiser sa pression sur la CPI, à la justifier par des arguments juridiques ou à maintenir une façade de respect pour les institutions. Il l'assume, la revendique et en fait un outil de politique étrangère visible. Netanyahu se rendra à New York en septembre pour l'Assemblée générale de l'ONU, malgré le mandat d'arrêt international à son encontre, avec la garantie explicite de Trump qu'il « ne sera pas arrêté, sous quelque forme que ce soit ». Le droit international à deux vitesses n'est plus une réalité qu'on dissimule — c'est une politique qu'on affiche.

Et l'Europe dans tout ça ?

La France et les Pays-Bas avaient déclaré, fin 2024, qu'ils appliqueraient le mandat d'arrêt de la CPI contre Netanyahu s'il se rendait sur leur territoire. Ce positionnement est aujourd'hui soumis à une pression américaine intense. La question n'est pas seulement diplomatique : elle touche à la définition même de ce que l'Europe entend par « ordre international fondé sur des règles ». Si les alliés européens cèdent à la pression de Washington sur la CPI, ils envoient un signal très clair sur ce que vaut réellement leur engagement en faveur du droit international quand il entre en conflit avec l'alliance atlantique.